Ce n'est pas du tout un problème d'oculaire, c'est un problème oculaire, si je puis dire. L'oeil est doté de deux sortes de capteurs sensibles à la lumière : les cônes et les bâtonnets (nommés ainsi en raison de leur forme quand on les observe au microscope). Les cônes se concentrent au centre de la rétine, juste en face de la pupille, et donnent à voir ce qu'il y au centre de notre champ de vision. Cette concentration de cônes en cet endroit autorise la vision dite centrale à être plus nette, plus contrastée, plus colorée. Les bâtonnets remplissent l'espace rétinien restant, vers les bords, et fournissent l'image du champ de vision périphériques. Ils sont plu sensibles à la lumière que les cônes, mais répondent moins bien à la couleur.
Une fois dans l'obscurité, les yeux s'y adaptent naturellement, et une substance vient recouvrir la rétine pour doper les performances des bâtonnets. La sensibilité aux couleurs est encore réduite, surtout dans le rouge ; il est très difficile d'être ébloui par une lumière rouge en pleine nuit, c'est pourquoi les lampes qu'utilisent les observateurs pour manipuler leur matériel - quand l'éclairage de la Lune ou des lampadaires environnants n'est pas assez fort - sont munies de filtres ou d'ampoules rouge foncé.
Tu peux dès maintenant oublier la possibilité de voir des nébuleuses en couleur avec un 130 mm. Le double au moins est nécessaire pour rendre les couleurs évidentes... chez une ou deux nébuleuses seulement. Et encore, cette couleur est verdâtre, car c'est dans le vert que la sensibilité aux couleurs (enfin le peu qu'il en reste) est la plus marquée en vision nocturne.
Il y a quelques fondamentaux à ne jamais mettre de côté : un télescope, si puissant soit-il, ne reste jamais qu'une aide optique artificielle apportée à un instrument indispensable qu'est l'oeil. C'est exactement comme le parlophone servant à hausser le volume de la voix : cet engin n'émet pas de son, il faut que quelqu'un parle dedans. Le télescope ne verra jamais rien tant qu'un observateur ne se trouve pas derrière.
Regarder le ciel est à la portée de tout le monde et ne nécessite pas d'efforts. Observer le ciel, par contre, est une discipline qui oblige à un certain entraînement. Les détails n'apparaissent jamais totalement et directement, dès que l'on pose l'œil en face de l'oculaire. Ce sont de longues minutes d'observation attentives qu'il faut passer pour voir l'objet tel que l'instrument permet en principe de le voir.