Ce modèle est celui du "Big Rip".
Actuellement, l'expansion de l'Univers est somme toute plutôt lente. Ce n'est qu'à grande échelle que l'on peut en apercevoir les effets. Pour illustrer ce propos par des chiffres, il faut savoir qu'une distance de 30 000 milliards de kilomètres s'allonge d'environ 70 kilomètres chaque seconde. De 30 000 milliards (la distance originale) à 70 kilomètres (l'allongement dû à l'expansion), on saisit bien la différence d'ordre de grandeur...
L'expansion cosmique, on a maintenant d'assez bonnes raisons de le penser, s'accélère. Pour décrire comment une expansion peut s'accélérer, je vais encore manipuler des chiffres, mais arbitraires. Imaginons qu'actuellement, une distance de 20 unités grandisse d'une unité au bout d'une durée T. Quand le taux d'expansion double, c'est une distance de 10 unités qui grandit d'une unité. Si le taux d'expansion double encore, l'unité de distance s'ajoutera, au bout d'un temps T, à cinq unités de distance. On remarque qu'avec cette accélération, l'expansion devient de plus en plus évidente, et semble se manifester avec de plus en plus d'intensité et à des échelles de plus en plus petites.
Il n'en faut pas beaucoup plus pour concevoir que des échelles de plus en plus restreintes subissant l'expansion accélérée, les amas de galaxies finiront par se défaire, suivis par les galaxies elles-mêmes qui se disperseront en étoiles, et les systèmes planétaires seront eux aussi démantelés. La gravitation étant la force la plus faible pouvant s'exercer entre les corps célestes, ce sera la première à baisser les armes face à l'expansion accélérée, comme je viens de l'expliquer en prenant des ensembles qui tiennent grâce à la gravitation (comme les amas de galaxies, les galaxies, les systèmes planétaires).
Si l'accélération de l'expansion se poursuit, on en arrive au point où les autres forces sont poussées à bout. Les atomes qui tiennent d'une seule pièce grâce à l'électromagnétisme seront démontés. Le triomphe de l'expansion accélérée vient quand l'interaction la plus intense connue, l'interaction "nucléaire forte" est vaincue. Ce sont alors les noyaux atomiques et les particules qui le composent qui sont séparés.
Le Big Rip se base sur une conception de l'expansion que je ne partage pas au premier abord. A ce que je sache, le taux d'expansion ne dépend pas que de l'échelle qu'on se donne pour raisonner. On dit que les planètes ne s'éloignent pas du Soleil car le taux d'expansion est trop faible et le Système Solaire trop petit ; la gravitation est alors trop forte pour se laisser faire et laisser les distances entre planètes grandir suite à l'expansion. Il se trouve que la gravitation va au-delà d'une simple résistance à l'expansion : il y aurait une réelle et totale inhibition de l'expansion cosmique par la matière. Dès qu'il y a une concentration de matière organisée par la gravitation (un amas de... ce qu'on veut), alors l'expansion est bloquée. Elle peut s'accélérer ou ralentir tout autour, au voisinage d'une concentration de matière l'expansion n'intervient pas.
Pour compléter ce qui est écrit au début et pour résumer ce qui vient d'être expliquée, l'expansion cosmique ne se manifeste pas seulement sur de grandes espaces, mais sur de grands espaces
vides. On pourrait toutefois concilier les deux manières de voir les choses en supposant que la capacité qu'à la matière de bloquer l'expansion dans l'espace qui l'entoure (car c'est cela qui se passe actuellement) s'amoindrisse à mesure que la tension d'une expansion accélérée se fait de plus en plus intense. Autrement dit, le Big Rip tel qu'on le décrit habituellement pourrait aussi avoir lieu, mais "plus tard".